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Rendez-vous avec Yuri Buenaventura

Dans ‘Cita con la luz’, Yuri Buenaventura propose une approche plus risquée de la salsa. Il cherche à rejoindre la musique des années soixante-dix, qui véhiculait des messages sociaux



Rendez-vous avec Yuri Buenaventura et ‘Cita con la luz’, son nouvel album

Yuri, parle-nous de ton dernier album, ‘Cita con la luz’

Ce disque a été enregistré  entre La Havane et Bogotá. J’ai eu le bonheur de compter sur la collaboration de quelques grands musiciens, tant cubains que colombiens.   Musicalement parlant, c’est un disque beaucoup plus sérieux que les précédents.

Il y a une salsa, essentiellement rythmique,  faite pour  danser,  qui s’arrête sur la polyrythmie caribéenne. Autrement dit, la rencontre de la musique latino et du jazz, qui a eu lieu aux Etats-Unis entre les années 50 et 60, a donné origine à un genre musical  uniquement pour danser. Cette musique a perdu son message social et elle s’est transformée en une musique pour se déhancher. Les messages de Ruben Blades,  les messages populaires, sérieux, ont disparu de la salsa. Ils ont trouvé  refuge dans le jazz d’Eddy Palmieri, de Jerry González.  

 En tant que chanteur, en tant que musicien colombien, je profite de mon projet musical pour transmettre ce que je pense de notre société. J’estime que c’est la raison d’être de la musique, de l’art.

J’ai enregistré cet album à La Havane, avec un sentiment de fraternité.  Aucun musicien  colombien ou vénézuélien n’enregistre à Cuba. La relation avec les Cubains est très précaire à cause de l’embargo économique. Nous rencontrons les musiciens cubains à l’étranger, mais il n’y a pas une vraie communication avec la colonne vertébrale de cette musique, qui se trouve à Cuba.

 Tu viens de citer Ruben Blades. Tu t’inscris donc dans sa recherche ?

Dans sa thématique, Il a été la référence la plus importante pour nous tous. Il a été très sérieux et très responsable dans la création de ses textes.  Il s’est adressé à nous en tant que peuple par le biais de ses textes. C’est une référence très importante, bien sûr.

Quels sont les sujets dont parlent tes chansons ?

Par exemple, le titre ‘No pasa nada’ parle des media en Colombie, qui affirment  que dans le pays il n’y a pas de guerre, alors que la violence fait rage. De par la même, ils assurent  que la Colombie est blindée face à la crise économique, et ainsi de suite. Notre pays  est confronté à beaucoup de problèmes et  il nous faut que la vérité soit sur la table pour pouvoir réfléchir là-dessus. Dans ma chanson je me moque un peu des hommes politiques qui n’arrêtent pas de dire que dans notre pays il ne se passe rien, ‘no pasa nada’.  On nous dit qu’il n’y a pas de guérilla, que cela est le fait de quelques délinquants ; on  qualifie d’économie informelle  les vendeurs  de rue : ils vendent du chewing-gum, des chapeaux ou encore des disques piratés dans les rues des villes.  La chanson parle donc de tout cela.

Ce sont des paroles simples, sans prétentions, car je ne suis pas un professionnel de la politique mais un musicien.

Est-ce que tes textes ont une dimension continentale ?

Déjà,  la composition musicale  et  le choix des musiciens  c’est un message en soi, qui est  le refus de l’embargo à Cuba. Je préconise  d’aller vers Cuba pour travailler main dans la main avec les Cubains.  Cela doit être une rencontre culturelle, pas touristique.

D’un point de vue strictement musical, quels sont les éléments nouveaux dans ton disque ?

Les arrangements musicaux sont plus éclectiques,   la section des brass est moins monocorde, avec des nuances différentes dans chaque morceau. Les couleurs sont aussi variées. Tout cela contribue à faire la musique moins monotone. Nous travaillons la polyrythmie plus sérieusement, d’une façon plus ethnique,  moins ‘boîte de nuit’. Nous accordons nos instruments  différemment  et nous avons invité des percussionnistes plus professionnels, tels que Changuito.  C’est une approche plus risquée de la salsa  qui va à l’encontre des formules prouvées.

Tu as donc voulu aller au-delà  de ces formules, de ces recettes ?

Oui, du moins je l’espère.

Mise à part Changuito, peux-tu nous citer d’autres musiciens importants qui ont collaboré dans cet album ?

 D’abord, Hernán López Nussa, un jazzman qui est l’un des pianistes les plus importants de Cuba. En suite, Jorge Reyes, qui joue la contrebasse. Il  faisait partie du groupe Irakere ; en même temps, il est le directeur musical de notre  tournée. En plus, Panga joue  les congas.

Et  côté chanteurs ?

Dans mon album, il y a quatre duos.  J’ai compté sur la collaboration d’une chanteuse franco-espagnole, Olivia Ruiz, d’une Française, Berry,  de Morley,  chanteuse issue de la scène folk new-yorkaise, et de Baloji, un rappeur congolais  qui habite en Belgique.

Est-ce  que le public a bien reçu ton album ?

L’industrie du disque se confronte à beaucoup de problèmes. Les gens téléchargent la musique sur internet et ils n’achètent pas de disques. Mais cela ne m’inquiète pas particulièrement, c’est plutôt un problème de l’industrie du disque. En tant que musicien, mon objectif est de faire de la musique, de jouer, de voyager,  de me produire en concert. La musique a toujours existée, bien avant l’industrie du disque.

Et dans les concerts de ta tournée de promotion, comment sens-tu l’accueil de ton CD ?

Très bien.  C’est un accueil plus respectueux, plus glamour, dans une sorte de relation humaniste et sérieuse. Il y a plusieurs façons de faire la musique et de communiquer avec le public. Je crois que les gens sentent le souhait de l’artiste de faire un bon travail. Le public perçoit si  l’on cherche à communiquer des sentiments, mais aussi  s’il y a une ouverture vers une lumière qui nous appartient à tous.

Dans l’évolution de ta carrière, qu’est ce que ce nouveau disque représente?

Je sens que je respecte plus la musique, que je l’aime plus, qu’elle m’aime plus et que je suis plus calme.

 Plus sûr de toi même?

Oui, je me sens plus sûr de ce que je fais.

C’est la maturité ?

Ou la vieillesse. Je ne sais pas.

 Qu’est ce qu’il faut pour en arriver là ?

L’amour. La foi et l’amour. Il faut  avoir foi en ce qu’on fait, en ta propre culture, en les gens. Et  il faut croire à  son travail

Des projets pour l’avenir ?

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