Get Adobe Flash player

Papo Lucca et l’orchestre Sonora Ponceña

papo_home_pt.jpgA la tête de l’orchestre Sonora Ponceña, formation musicale mythique en Amérique latine, Papo Lucca réaffirme sa fidélité à la salsa traditionnelle portoricaine. Il a interrompu ses répétitions à Paris pour dialoguer avec nous…


Papo Lucca, interview

Si vous aviez à présenter votre musique au public français, comment le feriez-vous ?

Je crois que le rythme  de notre musique parlerait tout seul. Celui qui aime cette musique c’est parce qu’il aime danser. Et je crois que la musique de l’orchestre Sonora Ponceña est la musique la plus dansante qu’il soit. Autrement dit, nous présentons ici notre musique comme nous le faisons ailleurs. Pour ce qui est des paroles, il faudrait peut-être les explications d’un traducteur  pour que le public se fasse une idée de ce que nous racontons dans nos chansons. Mais, en tout cas, le langage de la danse passe partout où nous allons.

Et ça passe ici ? Vraiment ?

J’en suis convaincu. J’ai même fait ici, en France, une production en  espagnol avec Azuquita, il y a sept ou huit ans.  Nous n’avons fait qu’une chanson  en français, appelée « El mosquito » (« Le moustique »), qui a été très bien reçue, mais les autres titres étaient tous en espagnol. Et le CD a très bien marché.

Comment  définiriez- vous votre rôle dans l’orchestre ?

Je suis le producteur, le directeur, je fais les arrangements musicaux et, en même temps, je suis la maison de disques.  Ça fait quelques années que nous avons pris en main la production et l’enregistrement de nos disques  et nous sommes satisfaits des résultats. Tout cela signifie beaucoup de travail : il faut faire des arrangements musicaux, choisir nos chansons ainsi que leurs interprètes,  organiser  nos prestations au Puerto Rico et nos tournées à l’étranger.   Bref,  j’ai beaucoup de responsabilités, ainsi que mon père, qui est le fondateur de cet orchestre. Cela dit, les membres du groupe nous aident beaucoup dans l’organisation de nos tournées et dans le choix de notre répertoire. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de travail d’équipe.  

Parlez-nous un petit peu de votre père, voulez-vous ?

Il fait encore partie de notre orchestre, malgré ses 96 ans, qu’il aura le mois de décembre. Mais il ne voyage plus. Ça fait plus de 60 ans qu’il a créé notre groupe. D’abord, il a fondé un ensemble musical  appelé « El conjunto internacional », avec lequel il s’est produit pendant onze ans. Ce n’est qu’en 1954 que  le groupe a  pris le nom de Sonora Ponceña. En mars de l’année prochaine nous aurons 55 ans de vie, sous le nom de Sonora Ponceña.

Est-ce qu’il y a une différence entre l’orchestre  Sonora Ponceña d’aujourd’hui et  celui de votre père ?

Dans la première époque de l’orchestre,  nous copions  le style et le répertoire de l’orchestre Sonora Matancera, de l’ensemble Rumba Habana ou de Cortijo y su combo. Par conséquent, le groupe ne jouait pas sa propre musique. Lorsque je me suis chargé de la direction de l’orchestre, en 1969, j’avais déjà suivi une formation académique poussée, dans le Conservatoire de ma ville. De cette époque  date notre première chanson  composée par nous-mêmes. Il y en avait eu des antécédents mais cela n’avait pas eu des échos. Notre premier disque s’appelle  « Hachero pa’un palo’, nom tiré d’une chanson du musicien cubain Arsenio Rodríguez, et cela a été notre premier grand succès. Dans notre deuxième disque nous avons encore joué une composition d’Arsenio Rodríguez, « Fuego en el 23 ». Par la suite, nous avons travaillé à nos propres compositions et, Dieu merci, notre public les a très bien accueillies.  Le désir de travailler et de faire de la bonne musique ne nous a jamais quittés.                                          

Est-ce que vous avez  marqué l’orchestre Sonora Ponceña  de votre sceau personnel ?

A l’époque où j’ai fini mes études au Conservatoire, j’ai commencé à faire des arrangements musicaux. A ce moment-là,  il y avait trois trompettes dans le groupe. Nous en avons ajouté une autre, plus un bongo, car nous n’avions que des timbales et des congas. Nous n’avions qu’un seul chanteur. Nous en avons intégré deux et, plus tard, trois. Maintenant nous avons quatre chanteurs. Il faut chercher le répertoire le plus adéquat pour chacun de nos solistes.

 Avez-vous succombé à la mode  reggaeton ? 

Nous ne faisons que de la salsa ‘gorda’, de la salsa traditionnelle.  Toutes ces années ont vu apparaître  beaucoup de rythmes. Pour la plupart, ils ont disparu, mais la salsa est toujours là ! Il ne faut jamais perdre de vue que  le rythme que nous cultivons est fait pour danser. Nous travaillons beaucoup et nous n’improvisons pas. Tous les membres du groupe travaillent depuis longtemps dans l’orchestre.  De mon côté, j’ai commencé à jouer dans notre formation musicale  à l’âge d’onze ans.  J’ai commencé mes études de solfège au Conservatoire à l’âge de sept ans et à neuf ans je me suis initié au piano. Parallèlement, je jouais des instruments de percussion, tant à la maison qu’avec  l’orchestre. Je suis né dans la musique : le jour de ma naissance, mon père est arrivé à l’hôpital avec des musiciens pour chanter une sérénade à ma mère et, par la suite, pendant toute mon enfance, j’ai été témoin des répétitions du groupe à la maison. J’étudiais  six heures par jour  et, à vrai dire, je n’ai pas eu d’enfance. Mais je ne m’en plains pas. Bien au contraire !

Quels sont vos projets ?

Nous avons lancé il y a deux semaines un disque de Noël et nous travaillons à un deuxième album qui doit sortir l’année prochaine. En même temps, nous préparons une production spéciale pour célébrer notre 55ème  anniversaire, le mois de mars. En plus, nous avons enregistré un autre CD, qui est prêt pour sa commercialisation. Ce sont des titres joués il y a deux ans, lors de notre prestation au Centre des Beaux Arts de Puerto Rico, à l’occasion de notre anniversaire. Comme vous voyez, nous  ne manquons pas de projets.

Et à quoi ressemble la musique de Noël de votre orchestre ?

C’est toujours de la salsa gorda, mais c’est beaucoup plus amusant, avec des éléments folkloriques. En plus de la salsa, nous ajoutons  quelques sonorités de la plena, des aguinaldos, de la bomba. Donc, dans nos productions de Noël, nous jonglons avec toutes ces musiques, y compris celle typique de nos campagnes et celle créée par les esclaves. Beaucoup de ces vieilles influences sont encore très vivaces. Par exemple, la musique espagnole a donné les sonorités jouées par  nos troubadours, par nos chanteurs de coplas. Au Puerto Rico, nous avons  créé quelque chose de différent avec toutes ces musiques d’autrefois.  Pour ce qui est des sujets de ces chansons, ils sont allusifs aux fêtes de Noël. Au total, nous avons fait trois productions de Noël. Et c’est toujours de la musique dansante, pour faire la fête.

Et votre album anniversaire ?

En général, les CD anniversaire  recueillent une partie de notre  parcours.   Ce sont des Best of.  Cela permet au public de réécouter  des hits que nous ne jouons presque plus parce que l’orchestre est toujours en train d’enregistrer de nouvelles chansons, de nouveautés.

Néanmoins, pour ainsi dire, certains titres sont eternels. C’est le cas de « Fuego en el 23 ». C’est un morceau incontournable.  En Colombie, lorsque nous jouons dans des fêtes privées, il arrive que les clients nous demandent de jouer une chanson en particulier à plusieurs reprises, voire dix fois de suite. De même, en Equateur.

A votre avis, quel sont les tubes de votre orchestre qui ont le plus marqué les esprits ?

Il y a un titre de Pablo Milanés, « Canción », qui est très demandé. C’est de la salsa. Toujours, nous sommes obligés de jouer « Fuego en el 23 », « Hachero pa’un palo » et ainsi de suite. C’est grâce à  cet accueil chaleureux du public que notre orchestre, ses succès  et son style sont devenus indémodables. Dans le Hit Parade de la Colombie,  quelques unes de nos chansons  restent sur les listes de tubes les plus écoutés pendant 10 ou 15 ans. Au fond, c’est  une sorte de promotion de la salsa. Personne n’imaginait que notre orchestre profiterait encore aujourd’hui du succès de certains de ses premiers tubes, après 55 ans de diffusion.

Des projets de tournées internationales ?

Nous venons de boucler une tournée en Espagne. Après Paris, la prochaine étape est Puerto Rico où nous allons jouer dans beaucoup de fêtes de Noël. A partir du 26 Décembre, nous serons en Colombie pour des animations de fin d’année. Notre public colombien est très fidèle. Ensuite, nous partons au Pérou et plus tard à Miami.

Alors, bon vent, Papo !

 

 

NOTRE MUR FACEBOOK