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Conversation avec Raúl Paz

paz_home_pt.jpgGrand ami de La Peña, l’auteur et compositeur cubain a longuement parlé avec nous, au moment de boucler sa tournée en France. Il est parti à Cuba pour se ressourcer

 

Raúl, nous nous sommes entretenus il y a un an. Depuis, tu as fait beaucoup de choses. D’abord, parle-nous un peu de ton dernier album.

Il y a un an, lors de notre interview, j’étais en train de préparer un CD que j’ai fait à Cuba. C’est un album live, fait à partir d’un concert là-bas. Or, il faut savoir que ma musique et moi-même étions interdits à Cuba depuis plus de 13 ans. Finalement, mon retour au pays a été autorisé. J’y ai donc fait un concert, un CD et un DVD. Il y a eu des moments très sympathiques, voire émouvants. Ensuite, je suis revenu en France pour défendre cet album, « En vivo ».

Par la suite, tu as fait un concert ici à Paris. C’était  pareil à celui de Cuba ?

Oui, mais c’était plutôt une version comprimée de mes deux concerts cubains, l’un à La Havane et l’autre à Pinar del Río, ma ville natale. A mon retour en France, nous sommes partis en tournée.  Nous avons démarré la tournée le 12 déc. 2007 à Paris et nous l’avons bouclée en août. Mon concert à Paris Plage, en juillet 2008,  a été ma dernière  prestation à Paris dans le cadre de cette tournée, qui a duré neuf mois.

Quel bilan en tires-tu ?

Tout cela a été très intéressant. J’estime que mes concerts à Cuba ont marqué la fin d’une étape de recherche par rapport à moi-même et par rapport à la musique de mon pays d’origine. Cette recherche a pris fin le jour où j’ai pu retourner à Cuba avec ma musique, une musique composée ici à Paris. Après Cuba, je savais qu’il fallait entreprendre autre chose. La tournée nous a permis d’aller vers une autre étape. Nous avons commencé à travailler à notre nouvelle formule. Dans ce contexte, j’ai changé de groupe. Maintenant je travaille avec des musiciens venus d’horizons très différents. J’en suis très content parce que, pendant la tournée, nous avons  beaucoup appris sur nous-mêmes et sur nos buts. A l’heure actuelle, je me sens comme à mes débuts, comme à l’époque où j’ai fait ma toute première tournée.

Après cette étape de gestation, es-tu en mesure de nous dire à quoi  va ressembler  ta nouvelle musique ?

J’ai découvert que je fais de la musique pour ne pas être obligé de m’exprimer avec des mots. Dans ma musique,  je cherche des sonorités différentes, toujours dans le but de montrer que, chez nous, à Cuba, la musique est vivante, qu’elle n’est pas figée comme une carte postale, qu’elle évolue, qu’elle change et qu’elle vit avec son temps. Mais je suis incapable de  mettre une étiquette sur tout ça, d’autant plus que je ne sais pas trop vers où je vais. Mais je peux traduire ce sentiment en musique.

 

Cela veut dire que dans ta musique il y aura des sonorités cubaines, mais aussi d’ailleurs ?

Ce n’est pas comme ça que cela fonctionne dans ma tête. J’ai la chance d’avoir commencé ma carrière en jouant de la musique classique. Là-dedans, il n’y a pas des sonorités typiques d’un pays en particulier. Ce sont des sonorités d’époque.

Par ailleurs, on se libère de plus en plus de l’hégémonie des  pays  qui fabriquaient de la musique entre les années 40 et les années 70 et 80. Maintenant, on écoute de plus en plus de la musique des petits pays. Cuba, heureusement, a toujours été là, mais à présent on écoute de la musique orientale, de la musique asiatique, de la musique africaine. La musique devient donc plus large. Alors, donner un nom à la musique que je suis en train de faire, à partir de tout cela, c’est difficile. On pourrait dire que là-dedans il y a des sonorités actuelles, des sonorités qui ont un écho dans mon esprit.  Cela est le plus important. Dans mon esprit et dans ma culture musicale il y a beaucoup de choses. Il y a des éléments de la musique classique, que j’ai tant aimée et tant étudiée, mais il y a aussi du jazz. Il y a des sonorités cubaines, mais aussi des sonorités d’aujourd’hui, un peu de hip hop et un zeste de musique électronique. Mais il reste à préciser les proportions de chaque élément musical. Et je ne me posse pas des questions là-dessus. Je travaille avec ce que j’ai dans la tête et cela donne parfois des choses surprenantes, qui correspondent à ma vie et à mon idée de la musique.

 Est-ce que toutes ces recherches aboutiront à un nouvel album ? Quels sont tes projets dans l’immédiat ?

Je pars à Cuba pour m’y installer pendant un an ou peut-être un an et demi. Et j’ai l’intention d’y préparer mon nouvel album. J’ai aussi d’autres engagements. Je vais jouer aux Etats Unis et au Mexique. Je vais me produire un peu à Cuba. Mais je reviendrai à Paris  en 2010 pour un concert à l’Olympia.

Je sens déjà venir mon prochain album, ce sont comme des odeurs que l’on commence à sentir. Faire un disque passe par une motivation très forte, qui te prend petit à petit. Il y a beaucoup de réflexion avant d’accoucher d’un album.  Je suis dans cette étape, qui est magique. C’est une étape de conception et ça bouillonne. Je souhaite prendre mon temps pour ce travail et j’ai voulu que cela se passe à Cuba parce que ce pays vit en ce moment des moments historiques.

Tu pars donc pour accompagner un petit peu ces changements.

Oui. J’ai été privé de mon pays pendant presque 15 ans et je souhaite vivre ces moments.

Et tu en profiterais pour rayonner un peu vers l’Amérique latine et les Etats Unis ?

Pour quoi pas ? Maintenant, avec les changements à Cuba, c’est possible. Je suis invité à jouer à Miami en février 2009. Et je voudrais faire un tour chez les cousins latino-américains.

Pour revenir à ton album, as-tu déjà pensé à un nom ?

Oh, non. Mais quand même il y a un nom qui trottine dans ma tête, c’est ‘touriste’, mais ce n’est pas du tout acquis.

Et tes musiciens ? Seront-ils des Cubains ?

Non, j’ai décidé que je ne travaillerai plus avec des musiciens d’une seule et unique nationalité. Moi-même, je ne suis pas seulement Cubain, je n’appartiens plus à un seul endroit. Ça a été mon choix depuis longtemps. Je veux que mes musiciens viennent de plusieurs pays, qu’ils apportent des langages différents pour pouvoir communiquer avec beaucoup de monde. Je n’aime pas les ghettos.

Est-ce que tu as l’intention de chanter en français ?

Ça fait longtemps que mes amis me disent de chanter en français.  Par exemple, François, mon ami de La Peña, me l’a toujours dit. Mais je n’étais pas prêt. A vrai dire, je n’avais pas ressenti  le besoin de le faire. Mais cette fois-ci,  il y aura des chansons en français dans mon album. Je souhaite raconter aux français, dans leur langue, ma vision des choses. De cette façon, la communication ne restera pas au niveau des sonorités. Je ne veux pas faire un album français mais un disque pour exprimer mon monde, mes délires, en français. Ma musique passe très bien ici à cause des rythmes, qui portent en soi une partie de ce que je veux dire, mais il manque le texte !  C’est une frustration de ne pas partager avec mon public le sens de mes paroles.

Cela veut dire que tu reviens en France après ton séjour cubain ?

Oui, bien sûr. La France est maintenant mon pays. Je n’oublie jamais que c’est ici que ma carrière artistique est née. C’est ici que j’ai fait ma première salle comble. Tant qu’ici l’on voudra de moi, je reviendrai en France. En plus, j’ai la nationalité française.

On te voit souvent à La Peña. I-a-t-il une raison particulière pour cela ?

J’y vais toujours. A l’époque où je n’étais pas connu en France, j’allais déjà à La Peña et j’ai été son parrain.  C’est presque le seul endroit où je me rends quand je reviens à Paris, après une tournée. Chez François, je cherche ce que j’ai toujours cherché : de l’amitié, de la musique, une bonne ambiance. La Peña c’est comme chez moi, ça me fais toujours plaisir d’y aller. Quand j’y vais, l’espace d’une soirée, je rentre dans un autre monde, dans un monde agréable et dépaysant.

As-tu une date de sortie pour ton CD ?

Il sortira entre septembre et octobre 2009. La réalisation d’un CD est toujours compliquée, mais je respecte les délais.

Et pour ce qui est de la tournée de promotion de ce disque ?

Il y en aura mais je ne souhaite pas la démarrer à Paris. Mais je ferai  ici, à Paris, un concert entre février et mars 2010. Nous avons déjà des propositions mais la tournée n’est pas encore organisée. Pour l’instant, on va travailler à l’album.

Comment est-ce que tu vas faire sans La Peña ?

Ça va me manquer, mais on aura le site de La Peña pour communiquer. De toutes les façons, je reviendrai me ressourcer à Paris de temps en temps, pendant cette période cubaine.

 

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