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José Alberto El Canario

canario_home_pt.jpgChanteur hors pair et roi indiscutable du sifflotement, José Alberto El Canario fête ses trente ans de carrière. Pour marquer l’événement, il donne des super concerts et lance une nouvelle production, « Original ». Au concert du Bataclan, il a charmé tout le monde, comme à son habitude

   « El Canario », entretien

Vous êtes un artiste qui a chanté avec les meilleurs orchestres, qui s’est produit aux côtés de Celia Cruz, qui a travaillé avec des stars légendaires de la salsa et qui a reçu des prix très importants. Qu’est ce que vous souhaiterez ajouter à votre palmarès, à votre parcours ?

Je ne souhaite que chanter et faire de la musique, je voudrais continuer à donner de la joie à beaucoup de monde, continuer à ouvrir les cœurs … pas les rompre ! Je continue à aller de l’avant, à briser des barrières parce que nous sommes en train de vivre une crise de l’industrie discographique. C’est sans précédent et, malheureusement, les plus touchés sommes nous, les hispano-américains. Je dirais que cela fait partie de la tromperie au niveau mondial que nous vivons et j’ajouterais que cela se doit aussi aux nouvelles technologies. Mais on doit continuer à faire de la musique, on ne peut pas s’arrêter.

 

Est-ce que c’est possible de s’adapter à ces technologies, d’essayer de vendre votre musique aux usagers des téléphones portables, par exemple ?

Oui, on peut le faire et on est en train de le faire. Mais quoi qu’on fasse, la musique est copiée, piratée. C’est un manque de conscience qui nous touche et cela vient des latino, qui sont les consommateurs de notre musique. Il est vrai que cela existe dans d’autres marchés comme celui des Etats Unis, d’Afrique, d’Asie, qui sont très importants, mais je parle de notre public latino. A l’heure actuelle, les droits d’auteur ne se respectent plus, ce qui nous porte un grand préjudice. Les musiciens sont aussi des pères de famille. Mais on ne doit pas s’en plaindre constamment, il faut aller de l’avant !

Alors, les compensations ce sont les tournées, les concerts ?

Oui, je pense que les disques sont devenus des photocopies pour la promotion. Aujourd’hui, l’artiste qui ne se produit pas, qui n’est pas un show man, qui n’est pas capable de dominer la scène, ne pourra pas survivre. On a déjà dépassé l’étape où l’artiste était un produit fabriqué, un produit fait artificiellement, un produit à micro-ondes, comme je les appelais. Les maisons de disques prenaient un artiste, beau gosse, l’enfermaient dans un studio, lui faisaient faire une production bien enregistrée et le jour où ils ne vendaient plus … poubelle ! C’étaient des produits jetables, mais je crois que cela est en train de disparaître. De ce fait, l’artiste doit posséder beaucoup de qualités. Il ne peut pas se limiter à chanter, il faut savoir motiver le public, qui paye son entrée lors des prestations live. Dans le cas contraire, les producteurs ne l’engageront plus et il devra se recycler en autre chose.

Mais, ça va. Dieu merci, nous sommes en bonne santé, nous sommes jeunes et nous travaillons, ce qui est le plus important.

Des nouveaux projets ?

Je fais beaucoup de tournées, j’ai donc beaucoup de voyages en perspective. Je saute d’une ville à l’autre ! En ce moment, je fête mes trente ans dans la musique. Nous venons de faire un concert aux USA, qui est le point de départ d’un cycle de présentations. Cela a été fabuleux, la salle était pleine à craquer et j’ai eu l’occasion d’inviter mes amis, comme Oscar D’León, le Colombien Joe Arroyo, Ismael Miranda, Cano Extremera, Raúl et Rosendo, Alfredo de la Fe. Nous avons fait un show qui a duré quatre heures ! Beaucoup de mes amis y étaient, par exemple, Ralph Mercado, qui est mon compère, mon frère, mon ami, mon ex-éditeur de disques. Sans lui, nous n’aurions pas existé. Il a ouvert le cadenas et a jeté un tapis rouge que nous avons foulé, nous les salseros qui dominons aujourd’hui le marché de la salsa. C’est ainsi que nous avons pu nous produire sur des scènes importantes, comme celle de Paris, entre autres. Je crois que nous lui sommes redevables de beaucoup de choses. Le travail qu’il a fait nous a beaucoup profité, nous vivons encore de son produit.

Lorsqu’il a ouvert son label, RMM, il a fait une vraie révolution dans la musique. Il a réussi à bâtir cette sorte d’empire qui a été Fania. Je dirais qu’il a su se retirer juste à temps du show business, au moment où le piratage a commencé à dévorer le marché.

Comment a évolué votre musique au cours de ces trente ans de vie professionnelle ?

Je crois à quelque chose qui a dit Celia Cruz. Elle a été ma marraine, ma mère, mon porte-bonheur. Elle m’a pris de la main, m’a ouvert beaucoup de portes et c’est grâce à cela qu’aujourd’hui je peux marcher tout seul sur ce chemin. L’artiste doit toujours s’actualiser, sans perdre de vue ses origines et son style. Il faut savoir s’envelopper de modernité. Je fais partie des artistes qui croient à la rénovation, à l’évolution. Avant de mourir, Celia Cruz a fait du reggaeton. Qu’est-ce qu’elle n’a pas fait ? Et qu’est-ce que Tito Puente n’a pas fait ? J’ai pu beaucoup apprendre de Tito Puente, de Machito, de Celia, d’Oscar D’León, de Cheo, de Patato, de « Típica 73 ». A l’époque où j’ai commencé à travailler la musique, j’étais un enfant, qui a eu la chance d’être entouré des maîtres qui venaient de l’école de Rodríguez, de Tito, de Machito, de Puente, de Fajardo. Mon université a été « Típica 73 ». C’est là que j’ai presque tout appris, c’est de là qui part mon expérience, celle qui m’a permis de me développer professionnellement.

J’ai été découvert par un journaliste qui a été mon manager pendant plusieurs années, Roberto Jerónimo, qui a dirigé ma carrière et qui m’a beaucoup appris.

Celia Cruz m’a aidé à comprendre les aspects humains dans la vie d’un artiste. Celia ne prenait jamais du repos, elle a beaucoup travaillé sa vie durant. J’ai eu l’honneur de l’accompagner dans ses voyages pendant 17 ans. Ensemble, nous avons parcouru le monde entier. Dans les avions, elle s’asseyait à écrire des cartes, des lettres et jamais elle a dit non à qui que ce soit. Mais si on lui parlait de Fidel Castro, elle disait non, en ajoutant « l’interview est finie, caballero ! ». Elle était comme ça !

Ces trente ans de vie professionnelle je les dois, Dieux merci, à toutes ces expériences que j’ai vécues aux côtés de tous ces maîtres. Parfois, Gilberto Santa Rosa, qui est mon frère, me dit toujours « Canario, est tu sûr d’avoir 50 ans ? Tu me parles de Machito, de Libertad Lamarque, de l’orchestre Sonora Matancera ! ». Et à moi de lui expliquer que j’ai commencé très tôt, que je me suis toujours imprégné de ce qu’il y a de mieux. J’ai eu le bonheur de travailler avec les plus grands.

Je vais vous raconter une anecdote. Cet été, on a mis une étoile avec mon nom à côté du Parc Celia Cruz, aux USA. Nous sommes déjà 9 artistes à en avoir une dans cet endroit. A côté, dans un restaurant ou j’étais avec un journaliste, nous avons vu passer un monsieur âgé très élégant, portant des lunettes. C’était l’Indio Araucano ! Il a 89 ans. Je l’accompagnais en 73 au Théâtre Puerto Rico. A ce moment-là, j’étais un enfant. Je me nourris des choses comme ça. Alors, quand on me dit que je suis vieux, je réponds en expliquant comment et pourquoi j’ai côtoyé toutes ces personnalités. J’ai eu l’honneur d’enregistrer, de voyager avec Tito Puente. Par exemple, la première fois où je suis allé au Brésil, c’était avec lui et avec Mongo Santa María. J’ai eu aussi l’honneur de partager des bons moments avec Chapotín à Cuba, avec Miguelito Cunin, Fernando Alvarez ou encore Helena Burke. J’ai même chanté des tangos en Argentine en 90, dans le cadre d’une émission télé avec Libertad Lamarque.

Nous avons beaucoup parlé de tradition. Dites-moi, quel est l’élément qui a le plus de poids dans votre musique, l’écriture ou l’improvisation ?

L’improvisation ! Je suis un sonero et mes chansons portent toujours un message, que ce soit social, romantique ou autre. J’aime la musique gaie et celle que je fais est conçue pour danser. Je suis un petit mulâtre qui aime les étincelles ! Le message est très important aussi la mélodie. Je suis un chanteur très mélodique, mais avant tout je suis un improvisateur, un sonero.

Quelle est votre conception de la salsa ?

Nous faisons de la salsa, mais je crois que la salsa c’est de la musique cubaine. Au fond, la musique que nous faisons c’est de la musique traditionnelle cubaine, ce que nous faisons est une photocopie raffinée de la musique originale cubaine. C’est aussi simple que cela !

Je crois que le mot salsa est le nom que l’on donne aux rythmes cubains, caribéens, pour les commercialiser et pour pouvoir les identifier. C’est difficile de différencier un cha cha cha d’un son montuno, un son montuno d’une goajira, un guaguancó d’une guaracha ou d’un danzón. C’est pareil pour la Colombie, un pays où il y a plus de cent rythmes. Je connais la cumbia, le vallenato, mais en Colombie il y a aussi le merengue, même si l’on pense souvent qu’il est typique de la République Dominicaine. Il est vrai que Santo Domingo est l’arbre et qu’il est toujours identifié à ce rythme de merengue et maintenant à la bachata. A Puerto Rico, il y a aussi beaucoup de rythmes, comme la mangulina, le palo hincao, le balsier, le bolemengue, le pampiche, le merengue de primera, le merengue de segunda, le merengue a lo maco qui est le nouveau merengue et ainsi de suite. Il y en a tellement que je ne les connais pas tous ! Les nouvelles générations ne se sont pas imprégnées de leurs racines, de leurs origines, de leu culture et c’est pour cela que les salseros d’aujourd’hui n’ont pas l’éclat et les étincelles de leurs ainés. C’est à cause d’un manque de communication, de la méconnaissance de ce que nous sommes. Il faut apprendre tout ça aux jeunes, les former dans la connaissance de notre culture pour que nos racines ne meurent pas, pour qu’elles poussent mieux et se développent. Si je n’apprends pas à mes enfants notre culture, mes petits enfants ne sauront pas qui était leur grand-père. Ils pourraient seulement dire que leur grand-père chantait une musique qu’ils seraient incapables de définir.

De mon côté, je me suis beaucoup imprégné de notre culture. Je remercie Dieux de m’avoir donné la possibilité de bien comprendre que pour faire ce que je fais, il fallait bien s’enraciner dans nos traditions. C’est une joie d’avoir cette vision des choses et je continuerais sur cette voie, toujours en faisant de la musique et en chantant.

Avez-vous l’intention de lancer un nouvel album, malgré les problèmes dont vous avez parlé ?

J’ai déjà un nouveau CD. Ça fait un an qu’il est prêt mais je n’ai pas pu le lancer en raison de la crise dans l’industrie du disque. Ce que nous sommes en train de faire c’est d’en promouvoir quelques titres en individuel, un par un, comme des singles, pour les radios et les média en général. De ce fait, nous donnons quelque chose de nouveau au public, mais petit à petit. De cette façon, nous ne perdons pas notre travail. Les maisons de disques avaient l’habitude de lancer des albums avec 10, 12 ou 15 titres et si deux d’entre eux devenaient populaires, c’était parce que l’artiste était un génie. Et les autres chansons se perdaient, personne y prêtait très attention. A mon avis, c’est l’une des causes de la crise. Il faudrait donc revenir aux vieilles habitudes, à l’époque où s’éditaient des disques de 45. A l’heure actuelle, on en est là.

Est-ce que votre nouvelle production est déjà connue en Europe ?

Quelques titres sont déjà connus ici. Mais je n’ai pas encore une date de lancement. D’abord, je voudrais le faire en Amérique et ensuite faire la présentation ici, pour lancer l’album comme il faut. Le CD est complètement prêt. Il a 11 titres et nous en avons déjà diffusé trois singles de promotion.

Le nom de la production est « Original », « José Alberto El Canario, Original ».

Des tournées en Europe ?

D’ici, je vais à Lyon et ensuite je pars aux Pays Bas. Puis, je retourne à New York pour me produire dans un show, mais je reviens en Europe une semaine après, cette fois en Italie. Ensuite, je rentre à Puerto Rico, où je participe au Congres de la Salsa, le 26 juillet.

Avec Tito Nieves et Gilberto Santa Rosa, j’ai un show où nous chantons et nous faisons des blagues, un peu dans le style de ce qui faisaient Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr. Nous en avons déjà fait trois à guichet fermé. En septembre je serai au Vénézuéla, en octobre je me produis à Puerto Rico, mais ensuite je reviens en Europe, en Suisse.

Et Paris ?

Je ne sais pas quand je reviendrai à Paris, mais en tout cas j’espère pouvoir le faire. Mais je participe tous les ans aux Festivals français d’été.

J’espère que ma musique continue de toucher beaucoup  de monde et qu’elle transmette amour et paix.

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