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Entretien avec Andrés Viáfara Rodríguez, leader du groupe « Suprema Corte »

andresfrancois_home_pt.jpgPêcheur pendant sa jeunesse, le Colombien Andrés Viáfara Rodríguez s’est nourri de la musique des villages de la côte pacifique, région où par le passé se sont fixés beaucoup d’esclaves. Fort de cette influence africaine, de ses connaissances de la musique latino-américaine et de ses études au Conservatoire de Berklee (Boston), Andrés fait une salsa très personnelle avec son groupe, « Suprema Corte ».

Quelle sorte de musique fait « Suprema Corte » ?

Nous faisons de la salsa romantique. Toujours, nous divisons par deux nos CD, une moitié est destinée  à  la  salsa romantique et l’autre moitié, à la salsa classique. Mais c’est la salsa romantique qui nous a permis de gagner une bonne place dans les préférences du public en Amérique Latine. Et nous sommes  constamment  sollicités pour des concerts live.

Comment présentes-tu ton groupe au public français ?

« Suprema Corte » est un groupe où il y a des trombones, un piano, de la contrebasse, un synthétiseur  et des percussions (timbales, congas et bongos). Je l’ai créé en 1991, avec Cheo Angulo et Rodolfo Granja. Heureusement, dès le départ, on a compté sur les faveurs du public, qui a très bien accueilli les titres « Un amante como yo », «  ¿Por qué te fuiste ? » ou encore « La mujer maravilla ». En 93, nous avons fait une nouvelle production, « Veredicto »,  qui a aussi eu beaucoup de succès en Amérique Latine. Cet album nous a permis de consolider le groupe et avec lui nous avons gagné le prix de la Révélation  de l’année au Festival de Cali (Colombie) et le prix du Meilleur orchestre colombien au Festival d’orchestres, aussi à Cali. De ce fait, nous avons passé à une catégorie supérieure, aux côtés du Groupe Niche et de Guayacán.

Nous avons fait un troisième CD, « Envidiable ». Ensuite, notre maison de disques a voulu faire une compilation de nos succès parce que nos disques étaient déjà épuisés. Nous avons enregistré un autre album, « Vivencias », qui n’a pas été lancé sur le marché, mais il circule parmi les passionnés et les collectionneurs de salsa.

Notre dernière production, « Más que ayer », est celle qu’on est en train de promouvoir, avec notre première tournée en Espagne. Les morceaux « Mentiras » et « Me lastimas » sont déjà très bien positionnés dans les hit-parades en Amérique du Sud.

Donc vous faites des tournées à l’étranger

Oui, nous en avons fait quatre aux Etats Unis. En 2003, nous avons fait quatre concerts au Royaume Uni et maintenant nous sommes venus en Espagne pour nous produire pendant un mois, dans une série de concerts.

D’où tires-tu ton inspiration ?

Je crois que notre travail est très honnête, sans arrière pensées commerciales. Ce que nous faisons nous sort du cœur et nous y trouvons un grand plaisir. Je crois que c’est là où réside notre secret, un secret qui nous a fait gagner la confiance de notre public. C’est une bonne récolte, mais on a bien semé.

Peux-tu identifier les influences qui t’on marqué le plus ?

Mon travail a subi beaucoup d’influences. J’ai écouté beaucoup de musique. Très jeune, j’étais rocker. Ensuite, j’ai penché vers les ballades qui nous arrivaient d’Espagne et d’Argentine. Plus tard, j’ai beaucoup écouté la salsa de Rubén Blades, du groupe des Rodríguez et des artistes de Fania. Mais j’ai été aussi très influencé par la musique colombienne de la côte du Pacifique, où la trace de l’Afrique est très profonde. A l’époque où j’ai travaillé avec Yuri Buenaventura, j’ai eu l’occasion de jouer avec des musiciens africains (Marian Amadou, du Mali, par exemple) et avec Faudel, avec qui et nous nous sommes  très bien entendus. Nous avons aussi travaillé avec Peter Gabriel. On cueille toutes ces influences et on les incorpore à son travail. Mais la vérité c’est que je n’ai pas des préférences pour le rock, les ballades ou la salsa. J’aime toutes les musiques !

Le folklore de la côte pacifique colombienne est une musique totalement inconnue du public français. Comment l’incorpores-tu à ton travail ?

La côte pacifique est une région très pauvre. Les gens jouent et chantent dans leurs villages, pour eux-mêmes. Leur art reste confiné là-bas car il n’y a pas assez d’argent pour enregistrer cette musique. Il est vrai aussi que ces musiciens ne font pas le nécessaire pour cela. Et le problème c’est que ce folklore est en train de disparaître. Lorsque j’étais très jeune, j’ai été pêcheur dans cette région et j’estime que c’était une chance. J’ai parcouru toute cette côte, de port en port,  et je me suis imprégné du sentiment de ces gens. Leur musique est avant tout un sentiment. Cela m’a beaucoup marqué et lorsque j’ai joué avec des musiciens africains, cela m’a conduit à m’identifier plus facilement à leur musique.

Comment est-ce qu’un garçon qui, comme toi, a été pêcheur, peut devenir un professionnel de la musique ?

Depuis mon enfance, je savais que j’avais une vocation musicale. Ma mère donnait des cours de chant et de piano,  j’entendais ses élèves et je me rendais compte de leurs difficultés pour apprendre, alors que je réussissais beaucoup mieux tout simplement en écoutant. Par ailleurs, mon père jouait du violon et parfois je lui disais que certaines notes sonnaient faux sans être capable, pour autant, de corriger ses fautes.  Alors, il jouait plusieurs notes et lorsqu’il jouait la bonne note, je le lui disais.

Après j’ai suivi des cours de guitare, de trombone et de piano. Mais je suis convaincu que depuis toujours je voulais faire des arrangements, créer ma propre musique et l’écrire pour être interprétée  par d’autres musiciens.

En tant que pêcheur, je sortais à la pêche toute la journée  et  après je partais  vendre mon poisson en ville. Cette vie m’a permis  de connaître les habitants des villages de la côte pacifique, des musiciens qui faisaient leurs « arrullos » et leurs « lamentos » pendant les enterrements ou leurs prières. Tout cela est resté dans mon cœur et dans ma musique ces « lamentos » sont présents. J’imagine qu’en Afrique il doit avoir des endroits où encore se fait cette musique.

Mis à part tout cela, où as-tu reçu ta formation musicale ?

J’ai démarré à Buenaventura (sur la côte pacifique). Mon maître a été Enrique Urbano Tenorio, connu sous le nom de Peregoyo,  du nom d’un air musical de la région. Il a pris la tête d’un mouvement à faveur du folklore de la côte du Pacifique, avec le Combo Bacaná. Après, j’ai fait des études à Cali et par la suite je suis parti à Boston, au Conservatoire de Berklee. Pour avancer,  j’avais besoin d’une formation plus poussée en harmonie, dans le but de faire des arrangements et de l’orchestration.  Dès mon retour en Colombie, j’ai eu beaucoup de succès avec mes arrangements et mes productions. J’en ai fait pour le Groupe Niche, « Cielo de tambores » qui s’est très bien vendu en Amérique Latine, et une autre pour  Yuri Buenaventura, qui a aussi eu beaucoup de succès, tel que j’ai pu le constater dans les rapports de ventes  d’Universal.

Des projets ?

J’ai en tête un projet autour de la musique du Pacifique. Nous allons en faire un album pour la faire connaître. C’est une musique très belle et très rythmique, idéale pour danser. Elle a une sonorité très particulière, dans  une escale spéciale. On trouve beaucoup d’airs différents : le « currulao », le « peregoyo », le « rioabajo », la fugue. Du fait de la disparition de l’industrie du disque en Colombie, à cause du piratage,  nous sommes obligés de faire nos propres enregistrements. De même, on s’occupe  de la promotion et, bien sûr, nous sommes aussi contraints de nous autofinancer.  Le bon côté de tout cela est la liberté musicale. On pourra donc réaliser notre rêve d’enregistrer le folklore du Pacifique pour le faire connaître partout. Et peut être que, à l’avenir, cela pourra même être utile à d’autres musiciens.

Photos: Juan Pablo Gutiérrez 

  

 

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