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Entretien avec Franklin Veloz, musicien vénézuélien

veloz_home_pt.gifOriginaire d’un village vénézuélien de tradition musicale noire, Franklin Veloz s’est tout naturellement intéressé aux percussions dans sa carrière de musicien classique, de salsa et de latin jazz. Le vibraphone, joué avec deux ou quatre baguettes, lui a permis de « chanter » sur le clavier.

 

Parle-nous de tes origines, de tes sources.

Je considère que je suis originaire du village de Chuao parce que c’est là que toute ma famille maternelle est née. Mes racines s’enfoncent vraiment dans ces terres. J’ai fait mes études à Maracay, capitale du département, et ensuite je suis parti à Caracas pour intégrer  l’Orchestre symphonique du Venezuela.  Je suis arrivé en France en 1991, avec une bourse du Conseil national de la culture vénézuélienne, pour faire des études de musique classique, ce que j’ai fait avec succès.

Combien de disques as-tu enregistré ?

A partir de 95, j’ai commencé à travailler sur mes propres productions. A ce moment-là, j’ai rencontré le pianiste cubain Alfredo Rodríguez. Nous avons travaillé ensemble pendant dix ans, j’avais à ma charge les percussions et le vibraphone. Nous avons fait l’album « A bailar la rumba », qui m’a lancé en France. Notre musique est beaucoup passée à la radio, même à la télévision, ici et en d’autres pays européens, aux Etats-Unis, en Asie et en Amérique latine.




Il y a aussi un CD de musique vénézuélienne.

Oui, j’ai fait « Marimba de Venezuela »,  une production de musique traditionnelle, en hommage au maestro Antonio Lauro. C’est un musicien de projection internationale mais beaucoup de Vénézuéliens ne lui donnent pas l’importance qu’il mérite parce qu’ils ne sont pas au courant de sa renommée. Ceux qui ne sont pas  musiciens ne se rendent pas compte de la profondeur et de l’intérêt de son œuvre. Avec mon CD, j’ai souhaité mettre cette musique à la portée des Vénézuéliens, ainsi que la faire connaître à l’étranger. Dans ce projet, j’ai été parrainé par Alirio Díaz, le grand virtuose vénézuélien de la guitare, qui  réside  à Rome. Il a aimé mon travail et m’a soutenu dès le départ. Quelques membres du groupe vénézuélien Gurrufío sont venus en Fra        nce pour participer dans cette production. C’est le cas de Cheo Hurtado, au cuatro (guitare à quatre cordes), et de David Peña, à la contrebasse. On vient de rééditer l’album, qui était épuisé, avec la maison de disques Caroni Music. Le directeur honoraire de l’édition est Alirio Díaz. Caroni Music est une entreprise française spécialisée en musique latino-américaine, en particulier vénézuélienne. Le CD est sur le marché depuis décembre 2007. Les premières ventes ont été adressées à un public ciblé, des professionnels. C’est la première étape de la distribution.

Quel poids prend ton enfance à Chuao dans ton travail sur la musique traditionnelle ?

La tradition est fondamentale dans ce que je fais. Dans mes études, dans toutes  mes recherches sur la musique vénézuélienne, classique ou le jazz, j’ai toujours cherché l’authenticité.  On ne veut pas que notre musique  disparaisse, on souhaite qu’elle vive, mais je voudrais y mettre une touche de renouvellement. Dans le cas précis de mon CD « Marimba de Venezuela », j’ai joué des rythmes de tout le pays, comme le « zumba que zumba », valses et merengues vénézuéliens, « seis por derecho » ou le « pajarillo ». Je souhaite y laisser l’empreinte  des couleurs de mon enfance, de mes origines à Chuao. Dans ce monde il y a beaucoup de force, beaucoup de sentiments, d’aromes, qui laissent leur trace sur le disque. Mon travail est comme cela. Pour cette raison je n’enchaine pas les sorties de CD. D’abord, il faut que je réussisse à décanter toutes ces expériences pour les transférer  ensuite sur mes disques.

A Chuao il y a beaucoup de traditions, beaucoup de fêtes tout au long de l’année : les diables dansants, la Saint Jean, les fêtes patronales en décembre. Toute cette joie, la façon de bouger des villageois et de vivre ces événements me donnent la matière de mon travail. Et il en est de même des traditions autour des cultures du cacao et du café, de la pêche, sans oublier d’autres manifestations culturelles. Je conjugue tout ça dans mon travail. Dans « Marimba de Venezuela », ma musique est imprégnée du « golpe aragüeño », un rythme spécifique de la région  de La Victoria, toujours dans mon département d’Aragua.

Quelle a été l’influence des tambours de Chuao dans tes percussions, que tu travailles tant et si bien ?

C’est une influence permanente parce que, en moi, chante le rythme de « parranda », le « golpe » de tambour et d’autres musiques vénézuéliennes. Comme tout enfant de la côte, je me suis beaucoup intéressé à la percussion et j’aimais taper sur les cuirs. Ensuite, quand j’ai travaillé dans des orchestres de musique classique je me suis spécialisé dans les percussions.

Mais je me suis vite rendu compte que j’allais passer toute ma vie à taper sur les tambours et aussi que je voulais chanter des mélodies. C’est sur le vibraphone et le marimba que j’ai pu concrétiser ce rêve. Ce sont des instruments de percussion qui offrent la possibilité de chanter, de faire des notes, parce que leur clavier est conçu comme celui du piano. J’ai démarré très tôt, entre 13 et 15 ans, et à présent j’estime que je suis un spécialiste de ce type d’instruments, que ce soit le balafon de Mali ou du Sénégal ou les marimbas de l’Equateur, du Guatemala et du Mexique, ainsi que le vibraphone, plus moderne, avec un clavier en métal et une pédale. Celui-ci a beaucoup de possibilités et j’essaie de l’en trouver des nouvelles. Je joue avec deux baguettes et aussi avec quatre, deux dans chaque main. C’est avec cette technique que j’ai interprété les valses de Lauro, qui ont été composées pour la  guitare. Jouer avec quatre baguettes m’a permis de trouver des voix différentes dans le marimba.

« A bailar la rumba » m’a permis d’introduire en France la musique vénézuélienne, qui est peu connue. Les Portoricains ont la bomba, les Dominicains le merengue, les Brésiliens la bossa nova, les Cubains le son et maintenant les Latino-américains ont la salsa, mais nos rythmes traditionnels, comme la « parranda », la gaita, le joropo ou le merengue vénézuélien, ne sont pas connus. Ce que je cherche c’est de les faire connaître.

Raconte-nous ton parcours dans le domaine de la salsa et du latin jazz.

Lorsque je suis arrivé à Paris en 91, je ne me suis pas cantonné à mes études de musique classique. J’ai essayé de me faire une place dans le monde de la salsa et du latin jazz. Un musicien vénézuélien qui arrivait de New York, Alfredo Cutuflá, m’a proposé de créer un groupe de musique afro-caribéenne. C’est comme ça que « The New Swing Sextet » est né. C’étaient des musiciens talentueux, il y avait des Vénézuéliens dans le groupe comme Cuchi Almeida et Alfredo Cutuflá. Nous interprétions la musique de Joe Cuba, qui faisait surtout des arrangements pour vibraphone. Nous remplissions des salles ici en France. Nous avons contribué à promouvoir cette musique qui avait été lancée par Alfredo Rodríguez et Azuquita.

En 95, Alfredo Rodríguez m’a invité  à m’intégrer à ses groupes musicaux. Nous avons démarré avec un duo de piano et percussion. Ensuite, il m’a proposé de travailler dans  son groupe. Au moment de concrétiser mon projet d’album, je l’ai invité comme pianiste. Pour ce qui est des influences vénézuéliennes, j’ai écouté autant que faire se peut des orchestres tels que Billo’s Caracas Boys, La Dimensión Latina ou La Salsa Mayor. Je me suis imprégné de cette musique et j’y ai pris goût. Par ailleurs, il y a les influences latino-américaines, avec mes orchestres préférés : Sonora Matancera, Aragón, Broadway et plus tard Eddie Palmieri, Ray Barreto, Ricardo Rey ou l’orchestre Sonora Ponceña.

Dans ma carrière, il y a eu des rencontres clés, comme celle avec Mario Bauzá à New York, l’un des précurseurs du latin jazz. J’ai croisé aussi d’autres musiciens importants : « Patato » Valdés, Tata Güines, José Luis Quintana « Changuito ». C’étaient des amis d’Alfredo Rodríguez, ses complices. On les appelait les Acerecó, du nom du groupe d’Alfredo.  J’ai intégré ce groupe grâce à Alfredo, car je jouissais de son  estime. J’étais comme un fils pour lui. J’en suis fier parce qu’il était l’un des musiciens cubains les plus importants. J’étais l’une des rares personnes à avoir accès à ce groupe d’amis. C’était très fermé parce qu’ils entendaient protéger des valeurs liées à une certaine tradition musicale. J’en suis très reconnaissant parce que cela m’a enrichi et m’a donné beaucoup d’assurance dans mon travail.

Quels sont tes projets pour 2008 ? Aura-t-il un autre album ?

Je prends mon temps pour faire les choses. Et c’est vrai que j’ai eu de la chance avec mes disques, ils se sont très bien vendus. « A bailar la rumba » est sorti en 2000 avec Wagram, l’édition a été épuisée et en 2003 Next l’a réédité. Tout a été vendu et l’on prépare une nouvelle édition, ainsi qu’un nouveau CD de musique afro-latino-américaine. C’est un peu dans le style de « A bailar la rumba ». Il y a de la salsa, du latin jazz et des musiques nouvelles. On ajoute à notre orchestration quelques touches différentes.  Depuis la parution de mon CD j’ai beaucoup appris, je défends l’avant-garde et je sais ce que le public attend de cette musique.

Date de sortie prévue ?

Peut être à la fin de 2008 ou début 2009. Avec  mon groupe, « Franklin Veloz y los caballeros », je suis en train de chanter quelques nouveaux titres dans mes concerts. Nous créons l’atmosphère de l’album.

Je prépare mon calendrier de concerts pour le printemps et surtout pour l’été. Je viens de finir un DVD avec des extraits de mes concerts, plus le récit en 15 minutes de ma carrière en Europe. C’est pour la promotion.

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