Get Adobe Flash player

Saul Escalona : Si La Peña m’était contée … !

saul_escalona_ptL’écrivain vénézuélien Saúl Escalona, reconnu pour ses ouvrages très pointus sur la salsa, a consacré un livre à La Peña Saint Germain, Si La Peña m’était contée … ! Une histoire de la salsa à Paris, à l’occasion du dixième anniversaire du bar musical latino de Saint Germain des Prés.  C’est la chronique des lieux, dans le contexte de l’histoire de la salsa à Paris. C’est un récit romancé, plein d’anecdotes sympathiques. A lire absolument !

 

Saul, quelle est l’idée centrale de ton livre ?

saul_escalona_001Mon idée a été de raconter les dix ans de La Peña autour des histoires qui  se seraient  déroulées   dans cet endroit,  sur un plan fictif. Cela a été raconté comme si c’était vraiment arrivé pendant  dix ans. Pour cela, j’ai enquêté, j’ai interviewé, je me suis renseigné auprès des uns et des autres. J’ai beaucoup parlé avec des personnes qui ont fréquenté La Peña, moi-même étant un habitué des lieux, dans le but de relater un certain  nombre d’événements  qui ont vraiment eu lieu, mais qui ont été fusionnés en fonction  des besoins de mon récit.

Donc toutes ces histoires se tissent autour de La Peña ?

Oui, d’où le titre du livre, Si La Peña m’était contée … !  Mais on ne peut pas imaginer cette histoire de La Peña en dehors  de l’histoire de la salsa à Paris. Voilà ce qui explique le sous-titre du livre, ‘une histoire de la salsa à Paris’.

La salsa est arrivée à Paris  aux alentours de l’année 1977. Et depuis 2000, La Peña fait partie de l’histoire de la salsa  dans cette ville. Tous les gens qui sont allés à La Peña  - des latino, des musiciens, des artistes, des personnalités diverses, ainsi que le public -, avaient envie de se retrouver autour de la musique, en cherchant la convivialité qui  dégage  la salsa. Ils ont trouvé à La Peña un lieu convivial, un lieu de musique  pour éventuellement s’éclater, pour partager et pour se retrouver entre amis.

Comment vois-tu cette histoire de la salsa à Paris dans ton livre ?

Je raconte cette histoire à travers six personnages principaux ; ce sont trois couples. Ce sont des histoires d’amour, qui naissent ici, à La Peña, autour de la danse à deux, de la danse en couple.  Parfois la salsa entraine des histoires d’amour qui, au départ,  les gens ne comprennent pas très bien, mais qui s’inscrivent dans l’imaginaire des européens, qui  cherchent dans le contexte de cette musique une voie pour se retrouver, pour  briser la solitude et l’individualisme.

saul_escalona_002Donc c’est  la rencontre de ces six personnages   -trois hommes et trois femmes—  qui   se déroule en dix chapitres. Dans ces chapitres  on trouve tous les  témoignages que j’ai pu recueillir. On peut dire que ces dix chapitres représentent les dix ans de La Peña et qui, d’une manière ou d’une autre, vont relater  l’histoire  des lieux. On peut dire aussi que chaque chapitre correspond à un jour, à un jour de fête, à un événement qui a pu se  passer ici. C’est dans ce cadre-là que cette histoire de La Peña –pour revenir à la question -  s’inscrit dans la mouvance de la salsa à Paris.

Lorsque la salsa est arrivée à Paris, avec Azuquita, il n’y avait pas cet engouement  pour cette musique, qui s’est produit entre 97 et 2000, avec   l’arrivée en France de Compae Segundo,  un événement plutôt commercial. Par la suite, il y aura des événements latino  - des concerts, des soirées latino dans certaines discothèques-  qui se sont ainsi ouverts  à toute sorte de public.  Petit à petit, dans les années 90. En effet, certains imprésarios français sont  venus vers cette musique, particulièrement avec la lambada, sortie en 89, pour trouver une ambiance chaleureuse à travers la musique latino –la samba, entre autres- . C’est comme ça que la ‘chose’ est montée.

Et l’affaire remonte assez loin,   aux années 93 et 94. C’est à ce moment-là que les choses changent un peu. Lorsque à Cuba, en 93, il y a eu la ‘période spéciale’, des suites de la chute du mur de Berlin, Fidel Castro a décidé de laisser partir les musiciens en tournée à l’étranger. Mais beaucoup de musiciens cubains ont profité de cette occasion pour rester à l’étranger. Et cela a enclenché en France ce qu’on appelle la mode cubaine, qui  est une rupture avec la salsa traditionnelle.  

C’est ainsi que le répertoire cubain a été ouvert à tous les entrepreneurs étrangers qui souhaitaient aller à Cuba pour faire des business  avec la musique. C’est ainsi que, entre autres, Dany Brillant est allé à Cuba faire son disque. C’est une histoire de business parce que c’est moins cher là-bas.

Par exemple, lorsque Compae Segundo, qui était déjà connu en Amérique Latine, est venu se produire à Seville en 97 dans le cadre d’un Congrès musical,  un imprésario l’au découvert  et a décidé de le faire tourner en Europe. Bien entendu, il s’est produit à Paris et c’est comme cela qui est né dans la capitale française cet engouement pour la musique cubaine.

C’est à ce moment-là qui est apparue  la mode de la salsa cubaine, qui est plus facile à danser pour les français. Pour les européens, habitués à danser le rock, c’était plus facile de faire les va-et-vient que de danser en couple, parce que dans la danse à deux domine le déhanchement. Là, le balancement du corps est très important pour marquer les cadences de la musique. C’est le moment où se produisent ces gestes de séduction qui sont le défi d’un homme et d’une femme qui dansent en couple.

Dans le style cubain, où domine ‘la rueda’, il n’ya pas ce défi  et encore moins des subtilités. Côté économique, les cubains ont baissé les prix des cours de salsa. Ces deux éléments, la facilité de danser en ‘rueda’, plus des prix bas, ont lancé la mode de la salsa cubaine. Les français ont alors parlé de salsa cubaine, colombienne ou encore portoricaine. Certains estimaient même que la salsa cubaine était la meilleure parce qu’il y avait moins de cuivres. Entre parenthèse, les Cubains n’ont connu la salsa qu’en 83, tandis que la salsa est née pendant les années soixante et quelques.

Dans ton livre il y a des dialogues entre les personnages dont tu parlais tout à l’heure. Est-ce que cela a donné lieu à une sorte d’étude de mentalités ?

saul_escalona_003Ces six personnages principaux nouent une histoire où il y a des latino et  des français, des hommes et des femmes, qui viennent danser et se retrouver à La Peña. A travers la musique, ils vont s’imprégner de cette chaleur de l’ambiance latino qui va leur permettre de nouer  des amitiés. Dans cette dynamique, va défiler une série d’événements qui  se déroule  à travers l’histoire de ces dix années de la Peña. Parfois, il s’agit des moments vécus dans une soirée. Il va s’instaurer un dialogue pour faire des échanges sur la musique, sur l’Amérique latine, sur la littérature latino-américaine, sur la quête de la drague, de la séduction et éventuellement   des anecdotes  dont les protagonistes sont  certains latino, tous des événements fictifs.  Par exemple, j’ai  mis en scène plusieurs personnages latino qui sont venus ici à La Peña, qui ont commandé plusieurs mojitos ; c’est le cas du chapitre sept, où des gens commandent  beaucoup de boissons et, à l’heure de payer l’adition, il y en a qui sont partis et il ne reste que deux ou trois personnes ; alors il n’y a pas assez  d’argent pour payer l’addition.  Cela arrive en Amérique Latine et ça s’est reproduit ici. Le patron ne connait pas ces situations parce qu’il ne les a pas vécues, mais ce sont les entrailles du jeu. Il arrive exactement le même jeu  parmi les danseurs, qui évoluent super bien sur la piste, convaincus qu’ils vont  conquérir leur partenaire par le biais de la danse. Mais, parfois, les filles veulent seulement danser et elles leur échappent ; c’est la subtilité de la danse.

Est-ce que pour Saúl Escalona c’est un premier pas vers l’écriture d’un roman ?

Il est vrai que c’était assez dur d’imaginer une histoire. Raconter La Peña dans une histoire chronologique aurait été assez difficile parce qu’il aurait fallu trouver des gens capables de se souvenir des événements vécus à La Peña pendant dix ans et d’en témoigner.  Il fallait donc raconter cela d’une manière romancée. J’espère avoir fait jouer mon imagination à travers des dialogues sur des situations en générale assez sympathiques.

Je finirai en disant que cet exercice m’a  énormément plu. Par exemple, j’ai interviewé  cinq filles françaises que je ne connaissais pas. Elles sont venues ici parce que leur prof de salsa leur a conseillé de venir danser à La Peña. Mais elles n’étaient pas habituées  à danser à deux, en couple. Et c’était particulièrement marrant parce qu’elles se sont retrouvées face à cinq  garçons colombiens qui les ont invitées à danser. Bien entendu, ils leur disaient qu’elles dansaient très bien, même si elles leur  marchaient  sur les pieds.  Sans se mettre d’accord, tous les garçons ont dit à peu près la même chose aux filles. Plus tard, en parlant entre elles, les filles en question se sont rendues compte que les cinq garçons leur avaient tenu un discours presqu’identique. Elles ont toute de suite éclaté de rire et qualifié les garçons de menteurs, de baratineurs. Et tout cela a été génial.

 

 

NOTRE MUR FACEBOOK