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Raúl Paz  raconte son expérience cubaine et  explique le sens du terme ‘havanization’, un retour aux sources et une ouverture sur le monde.

 

 

Raúl, tu es en tournée en ce moment. Où est-ce que tu t’es produit dans le cadre de la promotion de ton dernier CD, ‘Havanization’ (Naïve) ?

raul_paz_001Nous sommes en train de démarrer notre tournée, dans le but de promouvoir notre album, qui est sorti en mai. Nous avons déjà fait un concert à Paris, ensuite nous sommes allés en Afrique du Nord, au Maroc. Nous venons de nous produire à Moscou et en Espagne. Nous préparons  une série de concerts au Mexique et au Costa Rica. Nous serons de retour en France pour les festivals d’été.

La tournée a bien démarrée et elle va être longue.

Je suis très heureux de la sortie de ce disque, qui est différent ; de surcroît, il a été très bien accueilli par le public.

Comment définirais-tu la personnalité de ‘Havanization’ ?

 Il y a un lien très étroit entre la personnalité de mon album et mon retour à Cuba, après quinze ans d’absence. Après  tant d’années, j’ai finalement reçu l’autorisation  de me rendre dans mon pays et, bien sûr, j’en ai profité. Je m’y suis installé pendant environ un an. A vrai dire, j’avais très envie  d’habiter dans mon pays d’origine.

C’est un disque inspiré des  sonorités cubaines  d’aujourd’hui. Je crois qu’il y a une nouvelle génération d’artistes, qui a envie de s’exprimer autrement. Ils souhaitent faire quelque chose de différent. Ils parlent de ‘havanization’. Je me sens partie prenante de  cette sorte de mouvement.

 Quel sens donnent-ils à ce terme ?

maelo_001Il y a environ quatre ou cinq ans, le gouvernement a autorisé quelques artistes cubains de l'exil à revenir à Cuba. Parmi eux, moi-même, dans le domaine de la musique, ainsi que Kelvis Ochoa, David Torrens ou encore  Raúl Torres. Il y a aussi quelques peintres et des écrivains.

Cette ouverture est  plutôt timide, mais quand même elle a permis à quelques  artistes  issus de l’exil  d'habiter à   Cuba. Tous ces gens, installés depuis longtemps à l’étranger, sont arrivés à La Havane avec un  langage artistique différent, nouveau,  porteur d’un certain  sens de  la liberté. Même si   cette mouvance  est plutôt modeste, tout de même elle  a réussi à ouvrir quelques portes et, en même temps,  elle a donné aux Cubains beaucoup d’envie d’ouvrir d'autres portes.

  C’est de cette dynamique qui est né le terme ‘havanization’. Tous ces gens-là sont en train de  créer une certaine ouverture intellectuelle, une fenêtre sur le monde. Et cela est nouveau à Cuba. Le pays était complètement fermé et prétendait que les contacts avec  d’autres cultures  n’étaient pas nécessaires.

Cette génération a envie d’ouverture et cela est très positif pour nous tous. C’est notre message.

J’ai donc entendu ce terme à plusieurs reprises. Je me suis dit que c’était peut-être un bon titre pour mon CD, car je fais partie de ce mouvement. 

Les artistes ne veulent plus vivre isolés dans leur monde. C’est cela le changement chez les jeunes. Ils veulent sortir de ce que l’on pourrait appeler un nationalisme de cliché, ils souhaitent laisser la peur   derrière eux.

Il faut dire que cet isolement  a fait beaucoup de mal à notre musique,  l’empêchant d’évoluer. Tandis que d’autres pays latino-américains ont su conjuguer, décliner, leurs musiques, avec beaucoup plus d’intelligence et de liberté.

C’est  donc un problème de liberté, non ?

raul_paz_002Oui, bien sûr. Il faut donc commencer par la recherche de la liberté de création, qui n’a rien à voir avec la politique. Je crois que pour en arriver là, il faut commencer par la liberté individuelle. C’est un mouvement très intéressant qui se manifeste dans l’art en général. En littérature, on peut citer Wendy Guerra ; en peinture, Javier Guerra. J’adhère à ce mouvement. Et mon CD est un hommage à cette Havane d’aujourd’hui,  qui a très envie de tourner la page.

Parle-nous de tes projets. As-tu l’intention de nous revenir ? Ou tu as plutôt envie de rester à Cuba ?

Très sincèrement, je n’en sais rien.  En tout cas, je suis très heureux  de  vivre cette expérience. A vrai dire, le fait d’habiter  à Cuba pendant un certain temps  m'a aidé à régler quelques uns de mes problèmes, en tant que personne et en tant qu’artiste. L’exil  est très compliqué, il est porteur  de petites peurs, de fausses illusions. Le retour  signifie la fermeture d’un  cycle. Cela m’a donné la liberté d’être Cubain sans être obligé de le déclarer haut et fort, de défendre une culture sans tomber dans des clichés. Et cela me permet d’être beaucoup plus international.

Tout cela m’a permis de faire ce disque plus librement, en me sentant très à l’aise. J’ai fait ce que je voulais faire, sans complexes. Si c’est possible de continuer à vivre de cette façon, je le ferai. Mais je ne sais pas encore si je vivrai là-bas ou si je reviendrai.  En tout cas, je suis en train de profiter de cette situation : le fait de vivre à Cuba fait que j’apprécie beaucoup plus la culture française. Je suis en train de vivre des moments très intéressants.

Des projets d’un nouvel album ?

bluna1_004Lorsqu’on est en train de promouvoir un album, cela veut dire que l’on est en train de préparer  un  nouvel album. J’ai très envie de faire un disque avec un peu de salsa, mais une salsa différente  de la salsa cubaine. J’en ai parlé à Gilberto Santa Rosa et il m’a assuré qu’il fera un duo avec moi ; j’aimerais aussi inviter Azuquita, ainsi que d’autres chanteurs d’ailleurs. Je crois que des projets de cette nature font beaucoup de bien à Cuba, à la musique cubaine et à moi-même en tant que Cubain.

Je commence déjà à travailler sur les chansons de mon nouvel album. Comme d’habitude, je ne sais pas trop comment sera-t-il.  Mais je crois qu’il va ressembler à ce que je suis en ce moment. 

Par ailleurs, j’ai aussi un projet avec Télévision Espagnole, complètement différent. Il s’agit de  faire  un concert de chansons de la Renaissance italienne,  accompagné d’un trio de jazz. J’en suis ravi parce que la musique classique est la musique de mes débuts.