Dany Brillant : Interview

A la fin de sa tournée (‘Salsa Tour’), Dany Brillant réaffirme son attachement à la salsa: son nouvel album, qu'il va enregistrer à Miami, fera la part belle aux rythmes latins.
Vous êtes presque sur le point de boucler votre tournée ‘Salsa Tour’. Comment cela s’est passé en général ?
Cela a beaucoup plu aux gens ; je crois qu’il n’y a jamais eu autant de monde dans mes concerts. C’est complet partout et je me suis dit qu’il y avait un engouement à nouveau pour la musique latine. Il y a eu plusieurs vagues d’enthousiasme pour la musique latine : il y en eu aux années trente, puis c’est revenu dans les années cinquante, après dans les années soixante-dix et quatre-vingt-dix ; on dirait que c’est tous les vingt ans. J’ai fait un disque à Cuba en 1996 ; c’était la grande vague et puis c’est tombé dans les années deux mille, et maintenant cela revient. On dirait que tous les vingt ans les gens ont besoin de chaleur, d’exotisme, d’évasion, de rythmes différents ; à vrai dire, on nous propose beaucoup de rock et beaucoup de pop à la radio ou à la télé. Peut-être que la musique latine est une sorte de contre culture face à la culture anglo-saxonne, qui est omniprésente. Et j’ai l’impression que la culture latine est comme une réaction du sud contre le nord, et aujourd’hui, peut-être à cause de la crise, du froid, les gens ont à nouveau besoin des valeurs du sud, qui sont des valeurs de chaleur, de convivialité, de fête. Et la salsa réunit toutes ces valeurs.
Il faut dire que mon dernier album est la continuité de mon album précédent, c’est le retour des danses à deux, des danses de couple : j’ai toujours trouvé que c’est très beau à regarder, très interactif, très artistique, très esthétique. Je m’étais aperçu dans ma précédente tournée que la danse qui recueillait le plus les faveurs du public était la salsa. En tous cas, ces rythmes latino drainent un public très large. Il peut y avoir aussi bien des adolescents que des grands-parents, que des parents. Tandis que les autres danses, comme le rock, sont très ciblées. Ce que j’aime bien dans la salsa c’est son côté festif, très généraliste, elle regroupe toutes les générations. C’est ça qui m’a plu et donc cet album est simplement la suite du précédent où j’avais déjà fait des reprises, c’est le tome deux ; j’ai écrit toutes les chansons. J’ai surtout exploré les rythmes latins : le mambo, le cha cha acha, le merengue, la salsa.
Tout cela vous encourage à continuer dans la même direction ?
Cela dépend. Si ça devient une mode, j’arrêterai. Je suis comme ça, je lance quelque chose et, dès que c’est récupéré, cela m’intéresse moins. J’ai l’impression que ce n’est pas encore trop à la mode. Si je sens que dans deux ou trois ans ça devient un phénomène, je passerai à autre chose. C’est mon côté décalé, j’aime être un petit peu en avance.
Vous vous êtes déjà inspiré de la musique cubaine et de la musique portoricaine. Vers quelle sorte de musique allez-vous vous tourner maintenant ?
Je ne sais pas. Je sais que je vais aller à Miami au mois de mars et que je vais enregistrer un disque pour fêter mon anniversaire. Ce sont mes vingt ans dans la chanson et j’ai envie de revisiter toutes mes premières chansons parce que ma voix a changé, parce que l’époque a aussi changé. Je vais faire une sorte de synthèse de tout ce que j’ai fait depuis vingt ans : j’ai chanté à la Nouvelle Orléans, à Cuba, à Rome, à Londres, à Porto Rico. Je vais donc résumer un peu mon parcours. Alors il y aura évidemment du jazz, de la salsa, puisque elle fait partie des musiques fondamentales pour moi. Ensuite, je ne sais pas qu’est-ce qui va se passer. Je suis toujours prisonnier de mon inspiration. Je vois les choses dans une perspective de deux ou trois ans, mais après, je ne sais pas.
Est-ce que dans ce disque la place de la musique latine sera primordiale ?
Oui, certainement, au moins la moitie du CD sera latino. Il sera enregistré à Miami, grande plaque tournante de la musique latine. Je sais que je vais mélanger ces sonorités avec un peu plus de pop, avec des sons un peu plus modernes, tout en restant latin. Quand la musique américaine rencontre la musique latine, il y a un son un peu particulier. J’ai envie d’aller dans ces sons-là. Evidemment si je vais à Miami c’est justement pour avoir ces sons très, très latins.
D’ailleurs, je vais à Miami pour travailler, mais je veux aussi voir si je peux m’y installer. J’ai besoin de soleil, de vivre dans les cultures latines. Comme Miami est à une heure de Cuba et à une heure et quart de Porto Rico, c’est l’endroit idéal.
Est-ce que vous avez l’intention de vous installer à Miami définitivement ?
Non, pas définitivement parce que j’aime toujours Paris, mais j’ai besoin de soleil.
Est-ce que vous allez travailler à Miami avec de musiciens latins ?
Oui, absolument. En France il y a de bons musiciens mais j’ai besoin de m’imprégner de l’endroit, de ses vibrations. Un disque fait à Miami est différent d’un disque fait à Porte de la Chapelle. Quand j’ai fait un disque de jazz, je suis allée à la Nouvelle Orléans, et quand j’ai fait un disque de musique latine, je suis allé à Cuba ou à Porto Rico, dans les pays où cette musique est née, où les gens vivent pour cette musique ; ça vient de leur estomac, de leur sang, et je pense que cela s’entend sur un disque. C’est un feu qui passe dans la façon de jouer, les doigts, le souffle des musiciens. C’est une musique qui se joue avec l’âme ; c’est une musique avec laquelle on ne peut pas tricher.
Comment est-ce que vous vous situez par rapport au jeu particulier de ces musiciens ?
C’est une musique que je ressens profondément, donc je n’ai pas beaucoup de mal à la communiquer, à la transmettre. Simplement, j’y rajoute ma touche française, européenne. C’est qui est intéressant dans la musique est la rencontre de deux courants musicaux. Quand vous faites rencontrer la chanson française avec la salsa, ça donne des titres comme ‘On verra demain’ ou ‘Laissez-nous passer’, qui sont des chansons faites sur une musique latine mais en français. Il faut savoir faire sonner des mots français sur des rythmes latins. Autant le jazz est en anglais, autant la salsa est en espagnol.
Vous n’avez pas eu la tentation de chanter en espagnol ?
Non, parce que je ne ferais pas mieux que les chanteurs latins. Je chante en français parce que c’est ma langue, ce sont mes racines, et c’est là que je suis authentique. En espagnol, je n’arriverais pas à m’hisser au niveau de Celia Cruz ou d’Hector Lavoe, tandis que si je chante en français les comparaisons ne seront pas possibles parce qu’il n’y a pas de la salsa en français. Donc je suis plus novateur si je chante en français.
Est-ce que vous avez exploré la musique brésilienne ?
Pas vraiment. Quand j’étais au 'Trois Mailletz', j’y écoutais énormément de musique brésilienne, de la samba, de la bossa nova, du forro ; il y a plein de rythmes brésiliens. Mais je me suis aperçu que c’était une musique qui était très connue en France : Moustaki, Lavilliers ou Salvador s’y sont inspirés. A partir du moment où les choses sont trop connues, je préfère de ne pas m’y intéresser. La musique latine m’a intéressé parce que c’est très varié : c’est festif, mais il y a aussi le boléro. Aller chercher des choses moins connues m’a beaucoup attiré. En plus, dans la musique latine il y a beaucoup de racines espagnoles, et comme mes ancêtres viennent de l’Espagne, la culture hispanique me touche beaucoup plus que la culture brésilienne, qui est d’origine portugaise. Donc je vais aussi vers la musique qui me touche dans mes gênes parce qu’elle me fait vibrer.
Les dernières dates de votre tournée ?
J’ai encore quelques dates, entre mai et août. Je vais arrêter un peu parce que je pense qu’il faut toujours une pause. Comme on dit, en musique c’est important le silence qu’il y a après. Je vais faire mon disque anniversaire et lorsqu’il sortira, dans un an, je commencerai une nouvelle tournée pour fêter mes vingt ans avec le public, qui viendra écouter mes anciennes chansons.
PhotoN° 2: François et Dany



